Le Canada mise 210 millions de dollars sur les puces — mais les vrais gagnants ne sont pas ceux que l'on pourrait croire

Par
Amanda Zhang
5 min de lecture

Le Canada mise 210 M$ sur les puces – mais les vrais gagnants ne sont pas ceux que l'on croit

Ottawa mise gros sur l'encapsulation de semi-conducteurs comme couverture géopolitique, révélant une stratégie de niche calculée qui favorise les petites entreprises de photonique plutôt que les résultats d'IBM.

Le Canada a dévoilé aujourd'hui son deuxième investissement majeur dans les semi-conducteurs pour 2025, engageant jusqu'à 210 millions de dollars de fonds fédéraux pour une expansion de 662 millions de dollars à l'usine d'IBM Canada à Bromont et au Centre d'innovation collaborative MiQro (C2MI) au Québec. Cette initiative couronne une période de dépenses de 18 mois totalisant près de 480 millions de dollars de soutien direct – une somme impressionnante pour un pays dont l'ensemble des exportations de semi-conducteurs a à peine dépassé les 210 millions de dollars en 2024.

Il ne s'agit pas d'une politique industrielle de façade. C'est un repli stratégique délibéré vers un terrain défendable.

Le pari de l'OSAT : pourquoi le Canada a choisi l'encapsulation plutôt que les usines de fabrication (Fabs)

La fabrication mondiale de semi-conducteurs se divise en deux réalités brutales : la fabrication de pointe exige des dizaines de milliards en capitaux et une expertise générationnelle concentrées à Taïwan, en Corée et de plus en plus en Arizona. L'encapsulation avancée — l'assemblage et le test des puces en modules utilisables — coûte beaucoup moins cher mais est devenue le goulot d'étranglement des performances pour les charges de travail d'IA et le calcul haute performance.

Le Canada choisit explicitement cette dernière option. Bromont, décrit par IBM et Ottawa comme l'une des plus grandes installations d'assemblage et de test externalisés d'Amérique du Nord, se concentrera sur l'encapsulation de nouvelle génération pour les puces d'IA, les dispositifs quantiques et les applications de défense. Le C2MI deviendra la première fonderie ouverte au monde pour les puces supraconductrices quantiques, un pari à haut risque sur une technologie émergente où le Canada pourrait réellement jouer un rôle de premier plan.

« Le Canada doit être son meilleur client et ne peut pas dépendre de l'importation de technologies développées ailleurs », a déclaré la ministre de l'Industrie, Mélanie Joly. Cette rhétorique reconnaît une dure vérité : le Canada importe 90 % de ses semi-conducteurs et a assisté impuissant à la pénurie de puces de 2020-2022 qui a coûté 240 milliards de dollars à l'économie mondiale.

Mais la rhétorique se heurte à l'arithmétique. Même avec cet investissement, l'empreinte du Canada dans les semi-conducteurs reste microscopique – environ 500 entreprises à l'échelle nationale contre des milliers rien qu'à Taïwan. La véritable logique réside dans la fragmentation de la chaîne d'approvisionnement nord-américaine : alors que les tensions entre les États-Unis et la Chine s'aggravent et que Washington injecte 52 milliards de dollars dans la capacité de fabrication nationale via le CHIPS Act, ces wafers fabriquées aux États-Unis ont toujours besoin d'une capacité d'encapsulation fiable. Bromont, déjà certifiée pour des travaux de qualité défense, s'insère parfaitement dans ce qu'IBM et Ottawa appellent le « corridor des puces New York-Québec ».

D'un point de vue purement ajusté au risque, la stratégie est judicieuse. Le Canada ne peut pas dépenser plus que Taïwan ou l'Arizona en matière de fabrication. Il peut, cependant, devenir l'ancre OSAT essentielle pour les chaînes d'approvisionnement alliées — à condition que les contraintes de talents n'étouffent pas d'abord la croissance.

Suivez la photonique, pas le géant

Pour les actionnaires d'IBM, cette annonce est un bruit stratégique. L'entreprise a généré 62,8 milliards de dollars de revenus l'année dernière ; même 500 millions de dollars de revenus supplémentaires d'encapsulation de Bromont n'influenceraient son chiffre d'affaires que de moins de 1 %. Le destin boursier d'IBM dépend de l'adoption des logiciels d'IA et de la croissance de ses activités de conseil, et non de la fabrication au Québec.

Le véritable potentiel se trouve ailleurs. La stratégie canadienne en matière de semi-conducteurs a discrètement favorisé les entreprises de photonique et de RF spécialisées qui peuvent tirer parti de l'infrastructure nationale d'encapsulation et de R&D élargie. Trois noms méritent une attention particulière :

POET Technologies, une entreprise de photonique sur silicium développant des interconnexions optiques pour les centres de données d'IA, devrait bénéficier directement des capacités étendues du C2MI. L'encapsulation optique avancée — critique pour la plateforme Optical Interposer de POET — nécessite actuellement des partenariats coûteux à l'étranger. L'accès domestique change cette équation.

Ranovus, une autre entreprise d'interconnexion optique basée à Ottawa, a récemment obtenu un contrat de 45 millions de dollars de la DARPA avec Cerebras et a annoncé une expansion de 100 millions de dollars de ses installations, soutenue par le gouvernement fédéral. Le même appareil politique qui finance Bromont soutient systématiquement la chaîne de valeur de la photonique.

Edgewater Wireless, récemment admise au Silicon Catalyst et positionnant sa plateforme Wi-Fi 8-ready comme une innovation canadienne financée par le gouvernement fédéral, bénéficie de cycles de développement plus courts lorsque l'encapsulation et les tests RF complexes peuvent être effectués au niveau national plutôt qu'en Asie.

Le modèle est clair : Ottawa construit un écosystème centré sur la photonique où Bromont et le C2MI servent d'ancres de fabrication et de prototypage. Pour les investisseurs prêts à naviguer sur des petites capitalisations peu liquides, cela représente un vent arrière structurel pluriannuel à mesure que les dépenses d'infrastructure d'IA s'accélèrent.

Le piège des talents que personne ne résout

Pourtant, une contrainte menace tout l'édifice : les ressources humaines. Le récent rapport du Conseil canadien des semi-conducteurs, intitulé sans ambages « Des puces sans personnel ? », avertit que les pénuries de talents — et non de capitaux — représentent la contrainte majeure à la croissance. Le secteur a besoin de milliers d'ingénieurs de procédés et de techniciens spécialisés que le système éducatif canadien ne produit pas assez rapidement.

Le budget 2025 finance des programmes de talents en IA, mais reste vague sur le développement pratique de la main-d'œuvre dans les semi-conducteurs. Sans réformes agressives de l'immigration et extensions des programmes de stages/alternance (coopératifs), Bromont et le C2MI cannibaliseront simplement les talents des acteurs plus petits de l'écosystème, contrecarrant l'objectif déclaré de la politique de développement de grappes industrielles.

Les capitaux ont donné au Canada une place à la table. Les talents détermineront s'il la conservera.

AVERTISSEMENT : CECI NE CONSTITUE PAS UN CONSEIL EN INVESTISSEMENT

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